L’église, son histoire et une visite
Saint-Julien-le-Pauvre : l’église
Saint-Julien-le-Pauvre à Paris : comment elle est passée d’un hospice de pèlerins à une église melkite, ce qu’il faut admirer à l’intérieur, et comment la visiter.
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Saint-Julien-le-Pauvre est une petite église de la Rive gauche, dans le 5e arrondissement, commencée dans les années 1160 et comptée parmi les plus anciennes de Paris. Elle a débuté romane et s’est achevée en gothique primitif, et depuis 1889 elle est l’église paroissiale grecque-catholique melkite, avec une iconostase sculptée de style byzantin. L’entrée libre dépend de la paroisse, alors renseignez-vous le jour même. Un concert classique est le moyen fiable de s’asseoir à l’intérieur.
Saint-Julien-le-Pauvre en cinq dates
| Quand | Ce qui s'est passé |
|---|---|
| VIe siècle | Hospice et chapelle sur le site |
| Années 1160 | Début des travaux de l'église actuelle |
| XVIIe siècle | Nef raccourcie, nouvelle façade |
| 1826 | Retour au culte |
| 1889 | La paroisse melkite prend le relais |
L'église en bref
Saint-Julien-le-Pauvre se dresse au 1 rue Saint-Julien le Pauvre, dans le 5e arrondissement, sur la rive gauche, à deux pas des vieilles rues du Quartier latin et face à Notre-Dame, de l'autre côté du fleuve. Depuis la rue, elle paraît modeste : une façade ouest sans ornement, percée d'une rosace, et, à côté, le moignon brut d'une tour qui ne fut jamais achevée. C'est à l'intérieur que l'âge se révèle : colonnes médiévales, voûtes gothiques primitives et une iconostase d'icônes dorées se partagent une seule et même nef. L'église est une paroisse active, foyer de la communauté grecque-catholique melkite depuis 1889, et c'est aussi un lieu où se donnent des concerts classiques.
De l'hospice des pèlerins à l'église priorale
Les sources écrites font remonter à ce site, dès le VIe siècle, un hospice destiné aux voyageurs et aux pèlerins sans argent, avec une chapelle dédiée à un saint Julien. Les premiers bâtiments furent détruits par les raids normands au IXe siècle. Au début du XIIe siècle, la propriété passa aux moines clunisiens du prieuré de Longpont, qui la reconstruisirent. Les sources rattachent le nom de l'église à Julien l'Hospitalier, à Julien du Mans et à Julien de Brioude, trois saints qui partagent le même prénom, d'où la divergence des récits sur la dédicace. L'hospice est essentiel à cette histoire car il explique la place de l'église sur une route de pèlerinage : les voyageurs sans argent pouvaient y trouver refuge, et les pèlerins en route vers Compostelle qui traversaient la rive gauche sont associés au site dans certains récits.
Les années 1160 : construire aux côtés de Notre-Dame
L'église que vous voyez aujourd'hui fut entreprise dans les années 1160, à l'époque où s'élevait la cathédrale Notre-Dame sur l'île. Les travaux débutèrent dans le style roman, et l'essentiel de l'édifice est de facture gothique primitive. Le chœur possède de précoces voûtes d'ogives à six branches et fut conçu sur trois niveaux, bien que le troisième ne fût jamais bâti. La sculpture du chœur fait écho à Notre-Dame, et il se peut qu'elle soit l'œuvre des mêmes artistes. La nef compte quatre travées, avec des bas-côtés de part et d'autre et des arcs brisés reposant sur des colonnes rondes.
Chapiteaux, nénuphars et une harpie
Levez les yeux vers les chapiteaux, les sommets sculptés des colonnes. L'antiquaire du XIXe siècle Ferdinand de Guilhermy en a compté plus de 150, presque tous différents, et beaucoup sont ornés de feuilles de nénuphars et d'autres plantes aquatiques. Une colonne du XIIe siècle porte une harpie, créature au corps d'oiseau et au visage de femme. Ce sont de petits détails, faciles à manquer dans la lumière du soir, mais c'est précisément ce qui donne à un public de concert arrivé en avance quelque chose à contempler pendant que les musiciens accordent leurs instruments.
L'église universitaire
L'église se dressait tout près des écoles du Paris médiéval, et l'Université de Paris y tenait des assemblées et des cours au Moyen Âge. L'église faisait donc partie de la vie étudiante bien avant de devenir un lieu où les visiteurs venaient pour la musique. Le lien s'est estompé à mesure que l'université s'éloignait, et au XVIIe siècle, l'église était devenue une simple paroisse. Ce qui subsiste aujourd'hui est un large fragment de l'édifice médiéval, non la totalité, et cela vaut la peine de le savoir avant d'y aller : l'église que vous visitez est une survivante raccourcie, rapiécée, intensément vécue, et son charme réside précisément dans cela.
Perte et renaissance, du XVIIe siècle à 1826
Au XVIIe siècle, la nef a perdu ses deux travées occidentales et une nouvelle façade a été construite, celle que vous voyez aujourd'hui, toute simple. Pendant la Révolution française, l'église fut fermée et servit d'entrepôt de sel. Elle retrouva le culte catholique en 1826 et fut restaurée au XIXe siècle. Aujourd'hui, elle est protégée : les sources la classent monument historique depuis 1846, ce qui fixe les règles de modification et de conservation. Cette histoire de pertes et de réaffectations explique pourquoi l'intérieur paraît irrégulier et habité plutôt que policé. Rien ici ne se donne en spectacle, et c'est précisément une part de son attrait.
Une église melkite depuis 1889
En 1889, l'église fut confiée à la communauté grecque-catholique melkite, qui en fit sa première paroisse dans la capitale. L'Église grecque-catholique melkite est une Église catholique orientale en pleine communion avec Rome, et elle puise ses racines dans la communauté chrétienne d'Antioche. Elle suit le rite byzantin, la tradition qui façonne aussi l'intérieur que vous découvrez, avec des icônes à la place de la plupart des statues. Les offices paroissiaux se tiennent dans la même salle que les concerts : l'église est donc un lieu de culte vivant, et non un musée.
L'iconostase
L'écran de bois sculpté garni d'icônes qui ferme le sanctuaire s'appelle une iconostase. Celui-ci a été réalisé à Damas par l'ébéniste Girgi Bitar et inauguré en 1891. Dans les années 1950, le recteur fit découper le registre supérieur pour dégager la vue sur l'abside, ce qui supprima une rangée d'icônes. Une restauration achevée en 2012 a reconstruit l'écran dans sa forme d'origine. Avec les colonnes médiévales qui l'entourent, l'iconostase est l'image que la plupart des visiteurs retiennent. Un guide distinct sur ce site explique comment la lire.
Dada dans la nef, 1921
Le 14 avril 1921, les artistes du mouvement Dada choisirent cette église pour une sortie. Le groupe comptait Tristan Tzara, André Breton, Philippe Soupault et Francis Picabia, et cette journée est restée dans les mémoires sous le nom d’excursion Dada. L’épisode est bref, mais il témoigne de l’ancienneté de la réputation de cette église à Paris : un coin singulier et plein de caractère de la Rive gauche, un lieu où l’on se rendait exprès.
La visite, et l’écoute d’un concert
La page de la Ville consacrée à l’église en donne l’adresse et précise qu’elle est accessible, avec une rampe amovible disponible pour les deux marches de l’entrée ; il y est conseillé de contacter l’église au préalable. Aucun horaire d’ouverture régulier n’y figure, et il est indiqué que les horaires peuvent changer : renseignez-vous donc le jour même. Le moyen fiable d’y entrer est de réserver une place pour le concert, qui dure environ 65 minutes ; arrivez suffisamment tôt et faites le tour avant que la musique ne commence. Le square René-Viviani, le petit parc adjacent à l’église, est un lieu tout indiqué pour patienter. Le guide des concerts sur ce site couvre les dates et les billets, et la station de métro et RER Saint-Michel est le grand pôle d’échange le plus proche.
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À qui cela ne s’adresse pas
Cette église n’est pas pour vous si vous recherchez l’intérieur d’une grande cathédrale, une longue liste d’œuvres d’art ou un accès garanti à l’heure de votre choix. Elle est petite, c’est d’abord une église paroissiale, et ses portes suivent le rythme de la paroisse. Les visites peuvent être limitées pendant les offices. Elle ne remplace pas non plus la grande cathédrale gothique de l’autre rive, qui relève d’une tout autre échelle de visite. Si ce que vous cherchez, c’est une heure paisible dans une vieille salle parisienne baignée de musique, elle vous conviendra parfaitement.
Questions fréquentes
Saint-Julien-le-Pauvre est-elle vraiment l’une des plus anciennes églises de Paris ?
Oui, elle compte parmi les plus anciennes. Les travaux de l’église actuelle ont commencé dans les années 1160, à l’époque où l’on construisait Notre-Dame, et un hospice et une chapelle se dressaient sur le site bien avant.
Est-ce une église catholique ou orthodoxe ?
Elle est catholique. Depuis 1889, elle est l’église parisienne de la communauté grecque-catholique melkite, qui suit le rite byzantin et est en pleine communion avec Rome.
Puis-je simplement entrer en poussant la porte ?
Pas de manière fiable. La page de la Ville ne mentionne aucun horaire d’ouverture régulier et précise qu’ils peuvent changer : renseignez-vous donc le jour même. Un billet de concert est le moyen d’entrée le plus sûr.
Pourquoi y a-t-il une iconostase au lieu d’un maître-autel ?
L'iconostase fait partie du rite byzantin suivi par la paroisse. Réalisée à Damas et inaugurée en 1891, elle sépare le sanctuaire de la nef.
L'église est-elle accessible ?
La page de la ville indique que oui. Une rampe amovible est disponible pour les deux marches de l'entrée, et la ville conseille de contacter l'église au préalable.
Qu'y a-t-il à proximité ?
Le square René-Viviani, un petit parc adjacent à l'église, offre une vue sur Notre-Dame. Les rues et restaurants du Quartier latin l'entourent.
Sources